« 26 février 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 201-202], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4653, page consultée le 03 mai 2026.
26 février [1846], jeudi matin, 10 h.
Bonjour mon Toto bien aimé, bonjour mon cher petit homme, vous n’êtes pas beaucoup
revenu mais je vous aime tout de même. J’espère que vous m’aurez été bien fidèle hier.
Hum ! Il est probable que si j’avais pu regarder par le trou de la serrure, je
n’aurais probablement pas été très édifiée de vos sourires, de vos œillades et de
vos
galanteries. Heureusement que je n’ai rien vu de tout cela qu’en rêve, c’est déjà
beaucoup trop.
Eh bien ! Que dit mamzelle Dédé de votre proposition ? Accepte-t elle ma Cocotte, si non les yeux fermés, au moins les
oreilles bouchées ? J’avoue qu’il m’en coûtera bien plus de la donner à Mme Asseline que
je ne connais pas et qui ne fera probablement pas grand cas de cette pauvre petite
bête, que de la donner à la bonne petite Dédé qui finirait par l’adorer, si une fois,
elle la prenait en pitié. Toujours est-il qu’il faut que je la donne à cause de ces
affreux cris. J’ai vu hier au soir la pauvre femme que tu sais1. Elle est venue assez tard. Elle m’a chargée de te remercier de
la peine que tu as prisea de répondre à
sa mère et de la bonté que tu as pour elle personnellement en permettant que je la
voie. Tout ce que j’ai observé en elle jusqu’à présent lui est très favorable,
j’espère que cela se confirmera de plus en plus mais en attendant je te promets d’y
mettre toute la prudence et toute la réserve possible. Je sais trop ce que je te dois
et ce que je dois à ma fille et moi pour rien hasarder légèrement. Je t’aime mon
adoré, c’est tout dire.
Juliette
1 À identifier.
a « pris ».
« 26 février 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 203-204], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4653, page consultée le 03 mai 2026.
26 février [1846], jeudi soir, 5 h. ½
Je t’attends, mon bon petit homme chéri ; j’espère que tu vas bientôt venir et je m’en réjouis d’avance. En supposant que l’Académie prolonge ses petits cancans au-delà de la séance officielle, vous n’en devez pas moins être prêa à venir tout à l’heure. Mon petit Toto, mon petit Toto je vous adore. Eulalie travaille pour elle aujourd’hui et je ne la paie pas, bien entendu, elle était venueb dans le cas où Claire aurait reçu une convocation pour aujourd’hui. Dieu veuille que tout se passe comme nous le désirons et comme l’espère cette pauvre enfant lundi. Je voudrais y être déjà1. Je ne sais pas comment cela se fait, mais moi qui voudrais tant être jeune je trouve tous les jours des motifs pour désirer vieillir. C’est absurde mais c’est ainsi. Quand ce n’est pas pour l’Académie, c’est pour la Pairie, quand ça n’est pour la Pairie, c’est pour Charlot, quand ce n’est pas pour Charlot c’est pour ma péronnelle2 et de fil en aiguille. Il n’y a pas de jours où je ne voudrais être au lendemain pour voir arriver plus vite ce que toi ou moi désirons dans ce moment-ci. Je voudrais être plus vieille de tout le temps qui me sépare de toi. En attendant je m’occupe de toi, je pense à toi, je te griffonne ces billevesées et je t’adore. Mais tout cela ne me fait pas trouver le temps moins long, au contraire.
Juliette
1 Claire a réussi l’écrit de son examen d’institutrice. Elle est convoquée pour l’oral, où elle échouera.
2 Claire.
a « près ».
b « venu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
